10 choses à savoir sur les éponges

10 choses à savoir sur les éponges

Forcée de l’avouer : avant d’en apprendre plus sur les éponges, j’y portais une attention toute relative lors de mes plongées… Elles faisaient partie du décor. Et pourtant, outre le fait qu’elles sont souvent sublimes, les éponges sont des êtres incroyables dont on a beaucoup à apprendre. Après la lecture de cet article, vous ne les regarderez plus de la même manière !

1/ Les éponges sont des animaux

Régulièrement, lorsque je guide des groupes de plongeur.se.s je dois expliquer que les éponges ne sont PAS des plantes mais bel et bien des animaux, un peu particuliers je vous l’accorde. Elles constituent l’une des formes de vie animale les plus simples, et l’une des plus anciennes (plus de 760 millions d’années tout de même).

photo : Martin Harrington

Les éponges sont des organismes sessiles, c’est à dire qu’elles vivent fixées, généralement sur le fond marin. Elles sont pour l’essentiel asymétriques ce qui leur offre d’étonnantes facultés d’adaptation puisqu’elles peuvent moduler leur forme en fonction de leur environnement. Enfin, elles ne possèdent pas d’organes, ni de véritables tissus. Pas de cœur, pas de système nerveux, pas de tube digestif, pas de système excréteur, pas de système reproducteur… Rien de tout cela. Les cellules des éponges vivent de manière relativement indépendantes. Imaginez une colonie d’organismes unicellulaires qui se seraient peu à peu spécialisés pour assurer les besoins de la communauté de manière plus efficace, et vous obtenez les éponges. Le phylum des spongiaires (ou porifères, bref les éponges) est ainsi d’un intérêt majeur pour les scientifiques puisqu’il constitue un objet de recherche pour étudier le passage de l’unicellularité à la multicellularité dans l’histoire évolutive.

2/ Les éponges ont un rôle écologique majeur

Intéressons-nous un peu à l’alimentation des éponges. Comme de nombreux animaux marins (moules par exemple), les éponges sont des filtreurs, c’est-à-dire qu’elles récupèrent leur nourriture sous forme de particules qu’elles parviennent à capter (bactéries, algues unicellulaires…). Leur spécificité ? Elles n’ont pas d’organe spécialisé assurant cette tâche : c’est l’éponge dans son entièreté, organisée en système aquifère, qui y est dédiée. L’eau est inhalée par de multiples pores et traverse un réseau ramifié de distribution jusqu’à son acheminement dans des chambres choanocytaires, tapissées de « choanocytes« . Ce mot barbare désigne des cellules pourvues d’un flagelle qui s’agite pour mettre en mouvement l’eau. La filtration s’effectue grâce à la collerette de ces mêmes cellules, qui retient les particules organiques dans ses multiples villosités. L’eau filtrée est ensuite évacuée par un autre réseau jusqu’à atteindre l’oscule, grand orifice de sortie, pour y être expulsée.

Les choanocytes, cellules de filtration des éponges

Les éponges pourraient ainsi filtrer l’équivalent de leur propre volume en 10 à 20 secondes, et retenir des particules de très petite taille, non captées par les autres organismes. Elles sont donc de véritables dépollueurs des mers. On devine là le potentiel inexploité de la bête pour améliorer la qualité de l’eau en certains endroits… Ami.e.s plongeur.se.s, remerciez-les pour la clarté de l’eau dans les récifs !

Éponge en action

Outre l’aspect filtration, les éponges constituent un habitat de choix pour de nombreuses espèces. On les retrouve aussi parfois dans des relations symbiotiques étonnantes et visiblement peu connues, que cela soit avec des cyanobactéries ou des crustacés.

3/ Pour les classer, leur apparence ne suffit pas

Les éponges sont de multiples tailles (de quelques centimètres à plus de deux mètres), couleurs, formes… Mais on les classe essentiellement selon un critère : la nature de leur squelette interne. Il peut être composé de spicules, des particules minérales qui donnent à l’éponge son maintien et lui servent parfois d’ancrage. Ces spicules peuvent être de silice ou de calcaire, peuvent être constituées d’une ou plusieurs pointes… Peut s’y ajouter ou s’y substituer de la spongine, une matière fibreuse qui forme un réseau dense. Pour l’anecdote, sachez qu’avant d’être synthétiques, les éponges étaient tout simplement de vraies éponges : on tirait partie des propriétés de la spongine. Si vous souhaitez revenir à l’éponge naturelle mais sans exploitation animale, il existe des fibres végétales aux vertus similaires !

Spicules à trois pointe (triactine)
Éponge de mer, spongine

4/ Les éponges nagent !

Oui, je triche un peu. Enfin pas complètement. Avant de se fixer sur un rocher, il a bien fallu que l’éponge « naisse » et parvienne jusqu’à son lieu de fixation. Eh bien figurez-vous qu’au début de leur développement, lorsque les éponges se sont reproduites de manière sexuée, l’éponge prend la forme d’une larve ciliée nageuse. Lorsqu’elle trouve un lieu adapté, la larve se fixe, se métamorphose et se développe pour former l’éponge telle qu’on la connait. Tant qu’à parler de la sexualité des éponges, notons que les éponges sont aussi capables de reproduction asexuée. Dans ce cas, l’éponge opère par bourgeonnement externe : les excroissances formées arrivées à maturité se détachent et forment un nouvel individu, génétiquement identique au premier. L’éponge peut également produire des « gemmules », par bourgeonnement interne. Les gemmules sont des amas de cellules entourés d’une coque protectrice produits lorsque les conditions sont défavorables. Ces gemmules vont en quelque sorte hiberner et ne s’activeront pour former une nouvelle éponge que lorsque les conditions seront de nouveau propices. Incroyable n’est-ce pas ?

Bourgeonnement de l’éponge (photo tirée du site 22-plongéebio)

5/ Les éponges pourraient inspirer l’architecture des futurs gratte-ciels

Nous en avons parlé plus haut, la structure de l’éponge est très particulière. Apprenez maintenant que ses propriétés structurales trouvent des applications en architecture ! Légères, ultra-résistantes, les éponges démontrent une fois de plus que ce que nous cherchons est souvent déjà présent dans la nature. Un bel exemple de biomimétisme !

La nature est une bibliothèque : lisez-la au lieu de la bruler

Idriss Aberkane

6/ Les éponges sont des armoires à pharmacie vivantes

Comment un organisme incapable de se mouvoir a-t-il pu traverser les âges en résistant à ses prédateurs et concurrents ? En devenant un professionnel des armes chimiques ! Les éponges produisent des composés chimiques complexes, variés, et souvent inconnus du milieu terrestre. Ces molécules biosynthétisées par les éponges ont intéressé les chercheurs : certaines d’entre elles font déjà l’objet d’une commercialisation comme anticancéreux. Et elles n’ont pas fini de livrer leurs secrets.

ⒸJaime Suarez

7/ Il existe des éponges… carnivores !

Vous êtes surpris ? Les biologistes qui ont découvert l’existence des éponges carnivores l’étaient aussi ! Nature en a même fait sa une à l’époque. Nous sommes en 1995 et c’est l’exploration d’une grotte sous-marine de Méditerranée aux conditions bien particulières qui a permis la découverte d’espèces d’ordinaire habituées aux abysses. Mais comment un organisme dépourvu de cavité digestive fait-il pour attraper et digérer ses proies ? Si le mécanisme est assez simple, il n’en demeure pas moins original : la capture se fait de manière passive grâce à des spicules qui agissent comme un velcro et fixent les proies (essentiellement de petits crustacés). Les cellules de l’éponge, qui rappelons le opèrent de manière assez indépendante, recouvrent la pauvre bête et la phagocytent. Cette alimentation efficace a permis à ces espèces d’éponges d’abandonner leur système aquifère, ce qui leur confère une allure complètement différente de celle à laquelle elles nous ont habitué.e.s.

Une de la revue Nature, janvier 1995

Séquence de la capture et de la digestion de deux proies (surgelées !) par Asbestopluma hypogea. En e et f, réjection de la carapace indigeste et régénération des filaments. © Vacelet & Duport, 2004 

Pour en apprendre plus sur le sujet des éponges carnivores, un très bon dossier du Futura Sciences

Je vous conseille également vivement ce court reportage qui relate la découverte de l’éponge carnivore dans la grotte méditerranéenne, passionnant !

8/ Demain, des récifs d’éponges ?

Alors là, c’est une grande question et mes recherches ne m’ont donné que des informations contradictoires. Si certaines sources m’indiquent une grande sensibilité des éponges à l’acidification des océans et à leur réchauffement, d’autres soulignent leur caractère résilient et envisagent déjà les récifs coralliens en voie d’extinction « remplacés » par des récifs d’éponges (« remplacés » entre guillemets car les services écosystémiques rendus sont très différents et la perte des récifs coralliens aura dans tous les cas des conséquence dévastatrices). Pour autant, je garde en tête la découverte encourageante de scientifiques en Antarctique la banquise fondue laisse place à des étendus d’éponges, servant ainsi de refuge à de nombreuse espèces.

9/ Ce sont des sentinelles du monde marin

L' »éponge de verre », qu’on trouve dans les abysses, tient son nom d’une tige qui ressemble à de la fibre de verre (une spicule) qu’elle produit pour s’ancrer dans les fonds marins. Cette tige croit tout au long de la vie de l’éponge. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, on aurait trouvé des exemplaires de près de 17 000 ans ! La tige de l’éponge de verre contient de nombreuses informations biogéochimiques des temps passés et serait par là une source d’information majeure pour les scientifiques travaillant sur l’évolution du climat.

L’intérêt des éponges ne s’arrête pas là, elles pourraient à l’avenir être utilisées pour surveiller l’état de la biodiversité des océans. En effet, des scientifiques ont récemment découvert que les éponges retiennent l’ADN des espèces passées à proximité, y compris des mammifères marins. Une méthode de suivi simple, réplicable, à bas coût. De la science low tech en somme !

Eponge tonneau des caraibes (ou baril de Rhum c’est au choix !), parmi les plus grandes au monde

10/ Enfin, les éponges sont toujours là !

Les éponges sont sessiles, nous l’avons dit. Cela signifie qu’elles seront toujours là lors de vos plongées. Un émerveillement facile. Pourquoi ne pas plus en profiter ?

Alors, convaincu.e par les éponges ?

Sources générales non exhaustives :

https://planet-vie.ens.fr/thematiques/ecologie/relations-interspecifiques/les-eponges-une-ecologie-complexe-au-fond-des-mers

https://theconversation.com/les-eponges-une-ecologie-complexe-au-fond-des-mers-63611

https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/zoologie-eponge-6492/

https://www.ebiologie.fr/cours/s/252/les-spongiaires-ou-poriferes

5 thoughts on “10 choses à savoir sur les éponges

  1. super site et illustrations !
    Attention cependant, les éponges ne sont pas encore commercialisées pour leur vertus thérapeutiques. Elles ont certes des propriétés intéressantes mais leur utilisation comme médicament est en cours d’étude ! 🙂

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